Hey salut toi,

Cet été nous étions en Martinique et j’ai eu une conversation que je qualifierais de surréaliste pour moi.

Nous étions à la plage en famille, et nous comme d’habitude les enfants font leur vie, et surtout se font de nouveaux copaines chaque jour.

Je te l’avais déjà raconté mais nos enfants sont vraiment le type de marmots qui ne font aucune distinction d’aucune sorte (âge, genre, couleur, religion, ton dernier repas ou la couleur de ton maillot !). Eux tant qu’ils peuvent s’éclater et passer un bon moment ce seul objectif les obsède. Ils ne vivent que pour leurs moments de jeux et d’échanges.

Du coup on les a déjà vues passer une après-midi à jouer avec le grand-père d’un petit bout d’à peine 1 an, et le grand-père de nous rassurer parce que clairement il s’éclatait avec des enfants plus grands (un grand enfant ce papi on a beaucoup ris à les observer ! -oui parce qu’on a quand même toujours nos enfants à l’œil hein !- )

Bref, ce jour-là nous étions donc à la plage, nous le cul dans l’eau pour se rafraîchir et délasser nos articulations vieillissantes (pas la peine de se mentir, je n’ai pas encore trouvé le pierre philosophale) et les enfants en train de jouer, et se faire des potes, comme d’habitude.

Vient l’heure de partir et je vais chercher les enfants qui sont tous réuni autour de la maman desdits copaines du jour.

Cette dame m’interpelle et me demande si ce sont mes enfants. Je lui réponds que oui. Elle me félicite et me dit que j’ai bien travaillé car ils sont vraiment bien élevés.

Level d’ego, y a pas a s’enjailler comme ça ma biche, calme !

Mais ça fait plaisir d’être félicité pour son travail parental et pas de sempiternel « vous avez de la chance… » (la chance, la chance… )

Bref, c’est là que tout bascule.

Tout en continuant de me féliciter sur l’éducation de mes enfants, je finis par dire je ne sais plus comment que nous sommes là en vacances. Et elle de me répondre en se redressant

« Mais tu n’es pas de martinique ?! » (oui le tutoiement est coutumier en Martinique)

Je lui redis que non. Et elle de surenchérir avec tout autant de surprises en m’expliquant qu’elle était sûre que les enfants étaient de petits Martiniquais parce que les enfants « métro »  (qui viennent de métropole) qui viennent en vacances ne sont pas dû tous comme mes enfants.

Je traduis : des enfants ouverts, qui vont vers les autres, jouent simplement avec tout le monde sans distinction (bref ce qu’on a déjà dit au-dessus).

En gros les enfants de métropole selon elle, ne se mêlent pas à la populace (je grossis le trait mais tu auras saisi l’idée)

À mon tour d’être étonnée et de lui demander si elle est sur ?

Elle m’explique alors que ça va même plus loin, que beaucoup de métropolitain basé en Martinique pour le travail, ne mettent pas leurs enfants dans les écoles « martiniquaises » (comprend de quartier) et mettent les enfants dans des écoles pour « blancs » (ses mots pas les miens) comprendre écoles privées et friquées. Et qu’à la plage ça se voit tout de suite, « ces enfants-là » (toujours pas mes mots) ils ne parlent pas à nos enfants (les petits martiniquais donc) ils restent entre eux.

J’ai franchement été à la fois choquée, et bouleversée que des enfants entre eux. Dont l’essence même est l’enthousiasme du jeu peu importe comment et avec qui. Puisse être le reflet d’une violence inconsciente et institutionnalisée.

C’est juste fou. Pour moi les propos de cette dame n’avaient pas de sens. Je me disais qu’elle exagéré. Puis j’ai discuté avec d’autres parents martiniquais. J’ai aussi discuté avec des parents métro stationnés en Martinique. J’ai passé mon temps à observer à partir de là…

Et y avait du vrai dans les propos de cette dame. Bien sûr c’est un peu plus complexe que ce que sa vision m’avait mis à jour. Mais tout de même… Il y avait du vrai…

Et ça m’a glacé le sang. Parce qu’après je voyais bien mes loulous jouer avec tout le monde. Mais je les voyais aussi ses autres enfants ne se mélangeant pas. Pire, s’ignorant pour ne pas jouer avec l’autre…

Alors attention je dis pas qu’on est des parents parfaits, et que nos enfants sont incroyables d’altruisme. Mais je me dis quand même qu’on n’a pas trop chié dans la colle.

Mais je te jure que j’aimerais tellement que tous les enfants soient comme les miens, sur ce point-là en tout cas… Parce que ça ferait de belles grandes rondes de rires et de joie et que ce serait sacrément merveilleux à voir. Ça donnerait foi en plus d’humanité.

Sur ce, c’est tout pour moi pour cette Lait’tre,

 Je te dis à demain et te souhaite une douce jour’néné.