J’écoutais un podcast ce matin. On pouvait y entendre une sage-femme parlait de son métier, ailleurs dans le monde.
C’était aussi intéressant qu’enrichissant.
Jusqu’à ce que j’entende un petit mot… Un tout petit mot qui pourtant m’a vraiment profondément perturbée, et même mise en colère.
Oh pas une méga colère, entend-on nous.
Mais de celle où tu te dis « Mais zut si même les sages-femmes ne font pas attention, ça va pas aider la cause. »
En soi, cela aurait pu paraître anodin. J’aurais largement pu passer au-dessus même. Parce que j’ai très bien compris le double sens.
Mais non ! non j’en ai marre de faire comme-ci cela ne comptait pas, comme-ci ce n’était pas fait exprès, comme-ci le fait que tout le monde formule les choses ainsi alors c’est pas bien grave « on se comprend ».
Mais non on ne se comprend pas ! Mais si c’est grave.
C’est grave parce que ça finit par s’inscrire dans les esprits, et quand des paroles s’inscrivent dans les esprits ils finissent par teinter nos actes. Et c’est là que tout peut basculer.
En fait, deux mots en particulier m’ont gêné. Mais replaçons le contexte.
Cette sage-femme travaille dans un coin du monde où la norme (pour des raisons tant culturel, qu’économique) est que les femmes enfantent sans péridural.
Et elle racontait qu’étant donné que c’était la norme elle avait été surprise de la capacité des femmes à traverser l’enfantement dans un calme des plus olympiens.
Bref contexte posé dans les grandes lignes.
La voilà donc qui répond à un moment à l’intervieweuse en disant :
« moi je faisais mon accouchement, je ne m’occupe pas de… »
Est-ce que tu le vois le petit mot qui me chafouine ?
Oui il s’agit bien de l’adjectif possessif – POSSESSIF – « Mon »
Et ça me gêne tellement d’entendre « MA patiente », « MON accouchement », « MES mamans que j’accompagne », etc…
Parce qu’en faites, et pour me placer de mon point de vue d’accompagnante, les personnes qui nous consultent ne nous appartiennent pas !
Elles ne sont pas nos choses, nos objets, ou bien nos ami.es, ni notre famille. Bien que cela puisse arriver. Mais ne parlons pas des cas exceptionnels ici.
Alors j’ai très bien compris qu’elle voulait dire « je m’occupe de mon travail autour de la maman qui enfante ». Et oui c’est clairement plus long à dire. Mais c’est important de prendre ce temps.
Pourquoi ? Parce qu’après on en arrive à trouver normal dans une société que les affaires des autres nous concernent.
Je m’explique : si c’est « MON accouchement, c’est donc MON post-partum, et donc in fine MON allaitement. Il va donc paraître normal que je donne MON avis (non sollicité) que je pratique des gestes non consentis (prendre le sein de MA patiente pour le mettre dans la bouche de MON bébé de la chambre 104). »
Tu comprends où je veux en venir ? L’utilisation d’adjectif possessif est pour moi le début de la fin si on y prend pas garde.
Je sais que pendant mes années d’études d’éducatrice spécialisée on en a bouffé de la « bonne distance ». Et à juste titre, car je le voyais au travail. Des collègues qui disaient « Nan mais mon petit Kevin là il est… » étaient des professionnel.les qui avaient des relations plus proches, plus familiale avec les accompagné.es. Il y avait plus d’affectes et ce n’était d’ailleurs pas toujours bon pour les accompagné.es elleux-même dont le but était tout de même de les mener vers l’autonomie.
Alors attention, je ne dis pas qu’il faut être un robot et ne pas avoir d ‘affecte. On ne bosserait pas dans ce genre de milieu sinon. Mais être attentive à notre vocabulaire c’est aussi se sécuriser soit émotionnellement, ainsi que la personne que l’on accompagne. C’est ne pas passer dans le travers inconscient de s’approprier des choses (un enfantement, un allaitement, etc…) qui ne nous appartiennent pas. Nous ne sommes que de passage dans la vie des gens.
Moi-même avec tout mon travail sur les réseaux, ici sur l’application je ne suis que de passage dans ta vie. Un jour l’allaitement s’arrêtera et tu n’auras plus besoin des infos que je vulgarise pour vous. Et c’est le jeu, c’est la vie c’est normal !
Après cela on s’étonne que la belle-mère Marie-Christine, se sente obliger de donner son avis sur tout. Mais c’est qu’elle l’a elle-même subi ce « mêlage de tout » Marie-Christine.
On s’offusque d’un Blanquer qui veut avoir un regard sur ce qui se passe le mercredi après-midi pour les enfants quand ils ne sont pas à l’école, mais dans sa tête c’est logique ce sont « LES enfants DE LA république » ils appartiennent donc à la République, les parents ayant alors le triste sort d’incubateur, et de tuteur maladroit pas capable de faire pousser une plante droite.
Tu trouves que j’exagère ? Relis cette Lait’tre calmement, et on en discute en commentaire.
Je te laisse d’ailleurs méditer là-dessus jusqu’à demain avec le deuxième mot qui m’a chagriné et qui s’inscrit tout pile dans ce même fil rouge de pensées.
Sur ce, c’est tout pour moi pour cette Lait’tre,
Je te dis à demain et te souhaite une douce jour’néné.
Je comprends ton énervement face à cela, en effet le possessif dépossède la personne en question au profit du bon vouloir la personne qui le prononce. Et c’est comme ça que par extension nous ne sommes plus que des numéros et que nous devons nous plier à la volonté d’autres et rentrer dans un moule imaginé par l’autre. Ce truc c’est le concept même du film Inception, planter une toute petite graine, minuscule, insignifiante… mais qui a terme fait des ravages. Il est temps de faire attention à ce qu’on dit, la manière dont on le dit, pour faire passer le bon message 🙏